Reconnaître l'alerte initiale
Il faut commencer par une précision honnête: Guy Marius Sagna n'est pas resté totalement silencieux sur ces questions. Des traces publiques montrent qu'il a posé une question écrite au ministre des Finances sur la cybersécurité des banques. D'autres traces montrent également qu'il a interpellé le gouvernement sur des vulnérabilités numériques institutionnelles plus larges. Dire qu'il n'a rien fait serait donc faux.
Mais une question écrite n'épuisait pas les prérogatives disponibles
L'honnêteté oblige à poser une autre question, plus exigeante: une question écrite suffisait-elle, à elle seule, sur un dossier aussi lourd ? La Constitution du Sénégal rappelle que l'Assemblée nationale contrôle l'action du gouvernement et évalue les politiques publiques. Elle peut constituer des commissions d'enquête ou des commissions d'information. Le règlement intérieur permet aussi des questions écrites, des questions orales et des questions d'actualité au gouvernement.
En pratique, cela signifie qu'après l'alerte initiale, plusieurs leviers restaient disponibles: transformer la pression écrite en pression orale; porter le sujet dans la visibilité d'une séance; demander un approfondissement en commission; inscrire politiquement le silence gouvernemental dans la durée; articuler la question bancaire avec les crises ultérieures touchant la DGID, la DAF et le Trésor.
Pourquoi sa responsabilité politique peut être posée
Cette remarque est importante parce que Guy Marius Sagna a lui-même revendiqué publiquement un usage intense de ses instruments parlementaires. Dans son propre bilan, il met en avant non seulement des centaines de questions écrites, mais aussi des propositions de résolution pour des commissions d'enquête sur d'autres sujets. Cela signifie qu'il connaît ces outils, qu'il en reconnaît l'utilité et qu'il sait les mobiliser lorsqu'il le juge nécessaire.
Dès lors, le problème n'est pas de nier l'alerte initiale. Il est de constater que, dans les sources publiques que nous avons retrouvées, aucune montée en puissance parlementaire claire n'apparaît sur ce dossier précis, alors même que les événements postérieurs rendaient le sujet plus grave, pas moins. Ce point doit être dit avec rigueur: nous ne pouvons pas affirmer ce qui n'a pas été fait hors de l'espace public; nous pouvons en revanche constater qu'aucune trace publique nette ne montre l'usage complet des prérogatives disponibles pour pousser ce dossier jusqu'au bout.
Une responsabilité incomplètement assumée
La responsabilité première demeure celle du gouvernement, qui devait répondre, piloter et protéger. Mais une démocratie sérieuse ne peut pas s'arrêter à ce constat. Lorsqu'un député identifie un risque systémique, l'histoire politique de cette alerte compte aussi. Avoir vu le danger était nécessaire. L'avoir porté jusqu'au niveau maximal du contrôle parlementaire l'était tout autant.