La prudence a une limite
Le gouvernement peut toujours soutenir qu'en matière de cybersécurité, tout ne doit pas être dit publiquement. Cette idée est juste en partie. Une crise numérique sérieuse ne se gère ni comme un slogan ni comme une conférence de presse improvisée. Mais cette prudence a une limite: elle ne doit pas se transformer en paravent derrière lequel disparaît toute responsabilité publique lisible.
Depuis l'alerte bancaire d'avril 2025, les faits publics disponibles ne montrent pas, à notre connaissance, de doctrine clairement exposée sur la cybersécurité des institutions financières. Le pays ne voit pas de cadre public détaillé imposant des standards, de bilan visible sur un audit national, ni de séquence politique forte expliquant ce qui a changé après les alertes successives.
Pourquoi l'inaction visible compte
Or, pendant ce temps, les épisodes se sont accumulés. Et chaque nouvel événement a renforcé le caractère systémique de la question. On ne peut donc plus traiter la cybersécurité financière comme un simple dossier technique parmi d'autres. Elle touche directement la stabilité des transactions, la protection des clients, la réputation des institutions et, au-delà, la crédibilité même de la transformation numérique revendiquée par les autorités.
Il faut ici bien préciser notre ligne. Nous ne disons pas qu'aucune mesure n'a été prise. Nous disons qu'un an après, l'espace public ne voit toujours pas la traduction politique claire de cette prise de conscience. Or, dans une démocratie, cette absence de lisibilité est déjà un fait important. Quand le risque est systémique, la responsabilité publique doit être visible, pas seulement supposée.
Ce que le pays est en droit d'attendre
Le vrai sujet devient alors celui de l'inaction visible. Pas l'inaction absolue, qu'il serait imprudent d'affirmer sans preuves complètes. Mais l'inaction visible, c'est-à-dire l'absence de doctrine lisible, d'obligations clairement exposées, de hiérarchie assumée des responsabilités, de mécanisme public de suivi. À ce niveau, la prudence cesse d'être un argument suffisant.
Au bout d'un an, le pays n'attend plus des intentions. Il attend des preuves institutionnelles de prise en charge.